Un manga pas comme les autres / A Silent Voice

Attention, cet article est un repost de l’ancien blog. À part quelques mises en page il est identique à celui qui a été publié il y a plus d’un an.

 

Bonjour à toutes et à tous. Aujourd’hui on se retrouve pour parler d’un manga qui a cartonné à sa sortie en France, devenant la nouveauté la plus vendue de 2015 (trois ans déjà …), et qui a clairement mérité son succès.

A Silent Voice (Koe no katashi en VO) est un manga de Yoshitoki Oima prépublié du 7 août 2013 au 19 novembre 2014 dans le Weekly Shonen Magazine de Kodansha (Fairy Tail, Hajime no Ippo, Seven Deadly Sins, …) et compte un total de 7 volumes sortis entre novembre 2013 et décembre 2014. Le manga a été édité en France par Ki-oon dès 2015 et a rencontré un très grand succès, chez nous comme au Japon. Ce succès lui a permis d’être adapté en film d’animation sorti en septembre 2016 au Japon et diffusé en août 2018 en France.

Si j’ai suivi A Silent Voice au moment de sa parution (je suis tombé dedans moi aussi) j’ai eu envie de relire ce manga bien différent de ce qu’on a l’habitude de voir, et c’était donc la parfaite occasion pour en parler ici. Et même si je le fais rarement j’aimerai que vous partagiez cet article à fond, histoire que ceux qui ont raté cette perle il y a trois ans rattrapent leur erreur, et je sais qu’il y en a !!

J’ai même pas commencé que je vais déjà trop loin …

 

Synopsis éditeur : Shoko Nishimiya est sourde depuis sa naissance. Même équipée d’un appareil auditif, elle peine à saisir les conversations, à comprendre ce qui se passe autour d’elle. Effrayé par ce handicap, son père a fini par l’abandonner, laissant sa mère l’élever seule.

Quand Shoko est transférée dans une nouvelle école, elle s’emploie à surmonter ses difficultés mais, malgré ses efforts pour s’intégrer dans ce nouvel environnement, rien n’y fait : les persécutions se multiplient, menées par Shoya Ishida, le leader de la classe. Tour à tour intrigué, puis fasciné, puis finalement exaspéré par cette jeune fille qui ne sait pas communiquer avec sa voix, Shoya décide de consacrer toute son énergie à lui rendre la vie impossible.

Psychologiques puis physiques, les agressions du jeune garçon se font de plus en plus violentes … jusqu’au jour où la brimade de trop provoque une plainte de la famille de Shoko, ainsi que l’intervention du directeur de l’école. A cet instant, tout bascule pour Shoya : ses camarades, qui jusque-là ne manquaient pas non plus une occasion de tourmenter la jeune fille, vont se retourner contre lui et le désigner comme seul responsable …

 

Le handicap et le monde de l’enfance :

Rien qu’avec le synopsis le ton est donné. On s’apprête à lire un manga comme on n’a pas l’habitude d’en voir.

Shoko est donc une jeune fille malentendante, elle ne perçoit presque aucun son, et ne peut comprendre les conversations qu’il y a autour d’elle. Pourtant Shoko est une fille comme les autres en dehors de son handicap, et elle aimerait avoir une relation tout ce qu’il y a de plus normal avec ses camarades. C’est quelque chose qui est tout à fait normal, quel enfant aimerait ne pas avoir d’amis avec qui jouer, discuter, rigoler, le matin, le midi, le soir, durant les vacances, durant l’école … Mais elle est sourde !! Pour autant, la joie et les rires ne devraient pas lui être interdits, mais le fait qu’elle soit sourde change tout, car contrairement à ce que l’on pourrait penser, les enfants ne sont pas forcément si gentils que ça.

En voyant débarquer Shoko, ses nouveaux camarades vont petit à petit changer. C’est notamment sur le cas de Shoya qu’on se concentre. Ce dernier est un gamin qui n’a pas envie de grandir. Le collège approche, ses camarades changent et deviennent plus sérieux, quand lui souhaite juste échapper à l’ennui … L’arrivée de Shoko est plus une aubaine pour lui, qui découvre une personne différente, incapable d’entendre ni même de communiquer. L’idée de l’embêter lui vient naturellement, comme elle vient finalement aux autres enfants de la classe qui s’amusent bien au passage. Rappelons-le, ce ne sont que des enfants !! Et au-delà d’une méchanceté purement gratuite, on peut dire que c’est surtout la curiosité qui les envoie vers Shoko, cette jeune fille différente de tout ce qu’ils ont pu voir.

En un tome ce flashback sur le passé commun de Shoko et Shoya va nous montrer à quel point le monde de l’enfance peut être dur, mais aussi qu’il peut évoluer très vite, Shoya en fera d’ailleurs les frais, peut-être plus que Shoko. Car cette histoire a chamboulé sa vie à un tel point qu’on en arrive au lycée, à la terminale, ou dès les premières pages on voit Shoya retrouver celle qu’il a tant fait souffrir par le passé …

 

Un récit profond :

On est dans un shonen, certes, pourtant les thèmes abordés ne nous le font pas penser. Rien qu’avec le premier volume on comprend qu’on va parler de handicap et de harcèlement scolaire, deux thèmes qu’on a pas l’habitude de voir et qui sont pourtant bien réels. Ce serait une utopie de dire que le harcèlement à l’école n’existe pas. Il y a souvent, dans une classe, une personne qui sert de bouc émissaire, qui se coltine le sale boulot à la place des autres, qui est victime de moquerie pour diverses raisons, ou encore qui reçoit des violences physiques. Les origines peuvent être multiples, ici c’est le handicap de Shoko et son arrivée dans la classe de Shoya qui lance cette spirale infernale. Est-ce que toutes ces brimades auraient pu être empêchées ?? Probablement …

Le récit d’A Silent Voice s’ancre dans le réel, ce qui nous est raconté ici aurait pu arriver à n’importe qui. Car à partir du moment où un enfant est pris pour cible, si personne ne fait rien les choses ne peuvent que s’envenimer … Du coup il est facile de s’identifier aux personnages, car on a tous, ou presque tous connus des évènements plus ou moins similaires que ceux qui sont racontés dans A Silent Voice. Qu’on ait été la victime ou l’agresseur, ou un simple spectateur, les propos avancés dans ce manga nous parlent, ne nous sont pas étrangers. On est donc immédiatement impacté par ce qu’on nous dit, on est touché !!

Au-delà du handicap et du harcèlement, A Silent Voice nous parle également de suicide, de rédemption, ou d’amitié tout au long de ces 7 tomes riches en émotions. Le tout reste cohérent et bien raconté. Ce n’est pas le manga au scénario le plus complexe de l’histoire (ce n’est pas le but), mais l’auteure n’a pas fait de faux pas non plus. Et si il y a bien quelque chose qui est à applaudir : ce sont les personnages !!

Que ce soit Tomohiro, Naoka, Miyoko, la mère de Shoya, la mère de Shoko, Yuzuru, et d’autres encore, tous sont indispensables à l’histoire et viennent modifier les points de vue et les sentiments de nos deux héros. Ils ont tous une personnalité qui leur est bien propre et on peut facilement s’identifier à eux, car ils sont plein de défauts. Ils représentent chacun à leur manière les personnes que nous sommes et qui sont autour de nous, quel que soit notre âge et notre catégorie socio-professionnelle. Et il est intéressant de se dire qu’on peut voir le manga de différente manière en fonction du point de vue de tel personnage …

 

Le point de vue de Shoya :

Fils unique, Shoya Ishida devient rapidement le bourreau de sa classe. Il est celui qui lance les brimades sur Shoko, ses camarades suivent. Mais lorsque la situation leur devient défavorable, ils se retournent vers Shoya, qui devient à son tour la victime. Il se retrouve rapidement isolé et passe ses années collège seul, sans avoir de réelle relation amicale …

Il souhaite mettre fin à ses jours, mais tout change lorsqu’il revoie Shoko, celle à qui il a tant fait de mal …

Shoya se demande ce qu’est l’amitié, si ce terme est définissable ou non, et si les sentiments que l’on ressent entre amis sont réels. Ses relations avec les autres, notamment ses anciens camarades de primaires vont rapidement changer, il souhaite à tout prix se racheter, pour Shoko mais également pour lui et pour tous ceux qui ont souffert des conséquences de ce harcèlement … Pourtant ce n’est pas si simple, peut-on changer si facilement ??

Le point de vue de Naoka :

Naoka suivait Shoya partout, et elle était la première à s’amuser des bêtises de ce dernier … Pourtant elle est bien obligée de se retourner contre lui et de suivre la majorité. Elle est amoureuse de Shoya et le fait bien savoir, mais ce dernier ne veut pas d’elle …

Naoka n’apprécie pas Shoko, cette dernière est la cause du changement de comportement total de Shoya, mais également des autres. Son caractère désagréable n’arrange pas les choses et même en faisant des efforts, sa relation avec Shoko reste tendue. Mais n’a-t-elle pas changé elle aussi, après toutes ses péripéties ?? …

Le point de vue de Tomohiro :

Tomohiro n’a pas connu Shoya durant l’enfance, il le rencontre au lycée et devient son premier ami. Avec son look étrange et son caractère un peu collant, Tomohiro va devenir un des personnages centraux de l’histoire et est le premier qui fera évoluer Shoya. S’il ne sait pas ce qui s’est passé à l’époque, Tomohiro apprendra à connaître Shoko et Yuzuru et sera en quelque sorte la plaque tournante entre tout ce beau monde. Si ses objectifs sont surréalistes, le personnage n’en reste pas moins appréciable.

Le point de vue de Shoko :

Sourde de naissance, Shoko grandit dans un contexte familial difficile. Son père quitte le foyer dès que le diagnostic est réalisé, laissant sa mère enceinte et sa grand-mère l’élever seules. Son handicap fait de Shoko la victime parfaite pour ses camarades, et se retrouve obligée de changer d’école plusieurs fois. Shoya sera parmi les pires bourreaux qu’elle a connu, pourtant elle sourit et ne se plaint pas, préférant s’excuser …

Surprotégée par sa mère, Shoko grandira finalement loin de Shoya, et leurs retrouvailles vont tout bouleverser. Shoko ne s’aime pas, elle aimerait être comme les autres, comprendre leurs conversations, pouvoir discuter de manière tout ce qu’il y a de plus normal avec eux. Mais c’est impossible, elle est sourde !! Pourquoi elle et pas un autre ?? Après tout cela aurait pu tomber sur n’importe qui. Mais il faut bien penser qu’on a beau dire que ça arrive toujours aux autres, il y a toujours un moment où ça nous tombe dessus …

Shoko sait pertinemment qu’elle est un mystère pour ses camarades de primaire. Pourquoi est-elle sourde ?? Pourquoi parle-t-elle si mal ?? Shoko a beau faire des efforts, elle a toujours autant de mal. Et les choses n’évoluent pas forcément en grandissant …

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, Shoko ne déteste pas Shoya. Et elle évoluera tout autant que lui durant ces 7 volumes. Elle garde cependant une mauvaise opinion d’elle-même, elle ne s’aime pas, parce qu’elle est sourde, parce qu’elle aimerait être comme les autres. Elle sait qu’elle est à l’origine de tous ces problèmes qu’a rencontré Shoya, des changements qui sont arrivés autour de lui. Et les différents problèmes qui surviennent, qui ressortent à cause d’elle la mettent mal à l’aise.

A-t-elle le droit de vivre comme les autres ? D’avoir des projets ? De vivre sa vie comme elle l’entend ? Autant de questions qui lui semblent lointaines mais qui ne devraient pas l’arrêter. Le handicap ne doit pas l’empêcher de vivre. Le handicap, quelle que soit la forme qu’il prend, qu’il soit physique ou moteur, ne doit pas nous empêcher de vivre, d’aimer, de travailler, de fonder une famille et d’être heureux.

 

La morale :

A Silent Voice est une ode à la vie. Le fait d’être handicapé n’est pas une fin en soi, cela ne doit pas nous empêcher de mener une vie normale, comme n’importe qui d’autre le ferait. Il faut savoir accepter ses erreurs, mais également le fait que quoi que l’on fasse, la faute qu’on a commise ne pourra pas être effacée. Elle pourra être pardonnée à partir du moment où l’une des deux parties est prête à l’accepter et à repartir de l’avant.

La vie est quelque chose de précieux, et qu’on soit handicapé ou en pleine forme, il ne faut pas la gâcher et la vivre à fond pour ne pas avoir de regrets.

 

Une fin déconcertante :

Il n’y a pas vraiment de défauts à ressortir de A Silent Voice. Les dessins sont loin d’être parfaits mais ne sont pas moches non plus et comme je l’ai dit le scénario n’est pas forcément ce qu’il faut retenir du manga. Car on pourrait résumer le manga à une histoire d’amour, ce qui est plutôt dérisoire si on regarde le manga plus en profondeur, tant il y a davantage à retirer.

Il faut cependant souligner que la fin du manga est plutôt étrange. Après avoir lu les 6 premiers tomes il est difficile de s’attendre à ce que l’on voit finalement, surtout que l’évènement tant attendu n’arrive pas, et on ne peut que l’imaginer … Ce n’est pas une fin mauvaise, loin de là, mais elle est déconcertante vu qu’on change complètement de sujet sur les derniers chapitres, c’est à croire que l’auteure ait été prise par le temps, qu’elle ne pouvait faire un tome de plus malgré le succès que son manga a rencontré.

Mais cela n’empêche pas à A Silent Voice d’être un excellent manga qu’il faut absolument lire au moins une fois dans sa vie. Rien que pour comprendre ce qu’est le handicap et comment il se vit, mais aussi pour les conséquences qu’il apporte. Je n’ai jamais vu de critiques négatives sur ce manga, je ne crois pas qu’il soit possible d’en faire vu le thème abordé, et vu comment les personnages sont identifiables aux personnes réelles que nous sommes.

Il est impossible de rester de marbre devant une telle œuvre, devant de tels personnages, devant un tel récit, mené de main de maître, qui nous demande de vivre notre vie à fond sans regrets, et ce quelque soit notre origine et nos capacités …

 

A Silent Voice est une merveille comme il ne s’en fait pas assez aujourd’hui, un manga à lire absolument !!

 

Mes notes :

Univers : 16/20

Personnages : 20/20

Intrigue : 17/20

Dessins : 13,5/20

Moyenne : 16,63/20

Merci à tous d’avoir lu, ou relu, cette chronique. Contrairement à celle de l’Attaque des Titans ressortie hier je n’ai pas fait de modification dans le texte ici (à part la phrase d’intro ^^). Non pas qu’il n’y en avait pas besoin mais plutôt que tout ce qui est dit ici est utile. C’est peut-être un peu spoilant mais ça va, je ne vous ai pas raconté toute l’histoire non plus. Et si vous souhaitez comprendre pourquoi je vous invite à lire cette merveille.

Maintenant que le film a été annoncé en France (le dvd sort en janvier 2019 je crois) vous pouvez être sûrs que j’en parlerai sur le blog. Je ne passerai pas à côté d’une telle œuvre. Il faut parler d’A Silent Voice, non, il faut parler du harcèlement scolaire, alors je le ferai une nouvelle fois avec un grand plaisir.

Je ne ressortirai pas une chronique de l’ancien blog par jour, ça viendra petit à petit pour celles dont mon avis actuel est toujours le même.

Sur ce, on se retrouve très bientôt pour parler de mangas sur Parlons manga ^^

8 commentaires sur “Un manga pas comme les autres / A Silent Voice

  1. J’avais adoré cette série, elle a été un de mes premiers coups de coeur ❤️ J’ai particulièrement aimé le personnage de Shoya, pour qui j’éprouve beaucoup d’affection, et assez paradoxalement mon tome préféré est le tome 6, dont il est absent ^^’
    Je suis d’accord avec toi pour dire que ce manga est nécessaire car il aborde des sujets délicats avec justesse, un titre à mettre entre toutes les mains !

    Aimé par 1 personne

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