Space Brothers, entre rêves et réalité

Bonjour à toutes et à tous. Une nouvelle chronique ? Oui, pour une fois je ne vous ai pas prévenu en avance, pour pouvoir la préparer tranquillement et que sa sortie soit une énorme surprise pour vous. Ou pas !! Cela fait presque un an que j’ai commencé le titre dont nous allons parler aujourd’hui et depuis le premier volume je n’en dis que du bien.

Il est temps pour moi de synthétiser tout ça dans une chronique qui, je l’espère, convaincra les derniers sceptiques de débuter ce titre malgré sa longueur …


Je précise que nous ne parlerons que du manga et non de l’anime, du film live ou du film d’animation. Si des images de ces derniers apparaissent c’est uniquement pour illustrer mes propos.

Space Brothers, entre rêves et réalité

Auteur : Chûya Koyama

Éditeur : Kodansha (Japon), Pika Édition (France)

Magazine : Morning

Nombre de volumes : 38 (en cours)

Genres : Science-fiction, comédie, drame, aventure, tranche-de-vie

Thèmes : Espace, société, maladies, liens fraternels

Publication : 6 décembre 2007 – en cours

Anime : 99 épisodes diffusés entre le 1er avril 2012 et le 22 mars 2014


Le premier, Mutta, est né sous le signe de la malchance, le 28 octobre 1993 lorsque le Japon perdit les qualifications pour la Coupe du Monde 1994. Le second, Hibito, a tout l’inverse, étant né le 17 septembre 1996, jour où Hideo Nomo, joueur japonais de baseball, réalisait un match parfait en ligue majeure et permettait à son pays de l’emporter.

Les deux enfants grandissent, et se passionnent vite pour l’espace. La révélation se fera le 9 juillet 2006, pendant que Zinédine Zidane est en train d’asséner son fameux coup de boule durant la finale de la Coupe du Monde, les deux frères, davantage occupés à scruter les cieux, aperçoivent ce qui semble être un ovni. La question pour eux ne se pose plus, ils deviendront astronautes pour espérer retrouver l’objet.

Devenu adulte, Mutta a renoncé à ce rêve qui semble surréaliste. Pourtant Hibito a persévéré et y est arrivé. En 2025, alors qu’Hibito est à un pas de s’envoler pour la Lune, Mutta se retrouve au chômage après avoir asséné un coup de boule à son supérieur. L’heure ne serait-il pas venue, pour le frère aîné, de rejoindre son cadet et réaliser, à son tour, son rêve de devenir astronaute ? …

Deux frères

Quels liens peuvent se construire lorsque deux frères grandissent ensemble et se découvrent la même passion ? En Mutta et Hibito se trouve une question que beaucoup ont dû se poser. Une même passion rassemble, et le manga a de nombreuses occasions de le prouver.

Cette amitié qui naît, qui grandit au fil du temps et des découvertes, des souvenirs que l’on grave au fond de sa mémoire pour ne plus jamais les oublier. Qu’il y ait un vrai lien familial ou non, cette force est si grande qu’il est difficile de l’estomper avec le temps.

Cet ovni en est un. Quel est cet objet ? D’où vient-il ? Qui l’a créé ? Sont-ce vraiment des extraterrestres derrière ? Dans un tête d’enfant passionné de l’espace, une multitude de questions se posent et une multitude de possibilités lui viennent à l’esprit. N’a-t-on pas le droit de rêver après tout ?

Jusqu’à quel point ces liens sont-ils forts ? Tant que l’on reste dans son rêve ou au-delà, quand le réel nous retombe dessus ? Car des liens fraternels ressortent aussi une certaine rivalité, cette volonté de faire mieux que l’autre, d’aller plus loin. Alors quand l’un souffre, faut-il le soutenir ou le laisser seul ? La réponse paraît simple à trouver mais elle n’est pas si évidente quand derrière on parle d’une chose que très peu de personnes ont accompli dans toute l’histoire de l’Humanité …

La quête d’un rêve, la quête d’une vie

Les rêves peuvent-ils rejoindre la réalité ? À partir du moment où on s’en donne les moyens ça peut devenir une possibilité, mais entre devenir le boulanger du coin et devenir astronaute il y a plusieurs mondes d’écart.

À travers Mutta, nous nous apprêtons donc à découvrir comment la JAXA (Agence d’Exploration Aérospatiale Japonaise) recrute ses astronautes. C’est à partir de là que l’on découvre à quel point un rêve peut être partagé par beaucoup de monde, et à quel point il peut être difficile à atteindre.

Peut-on former des liens ? Nous avons la même passion après tout. Mais ce n’est plus aussi évident une fois que le ticket tant convoité est en jeu. Nous avons certes la même passion mais nous sommes avant tout rivaux …

Ce qui renforce le crédit de Space Brothers, c’est que Chûya Koyama réalise son oeuvre avec l’aide de la JAXA et de la NASA. Ce que l’on voit, c’est réellement ce qui se passe dans la réalité, ce que des astronautes japonais ont confirmé. Partant de ce principe, on ne peut qu’adhérer davantage, chaque étape placée dans le manga existe, chaque épreuve, chaque piège existe, chaque retournement de situation peut survenir à n’importe quel moment.

Pour gagner sa place au sein du cercle fermé des astronautes, il faut remplir des critères d’une telle précision, d’une telle rigueur, que tout est possible jusqu’à la décision finale. Astronaute est un métier à risque où la vie d’un équipage entier repose sur chacun de ses membres (et même plus). La moindre erreur peut être fatale …

Une histoire humaine, une histoire réelle

Tout le monde ne peut pas réaliser ses rêves … Dans un shonen classique, tout le monde réalise ses rêves. Ne nous mentons pas, on le sait à force, et les cas contraires doivent être rares, je n’en ai en tout cas pas un seul en tête …

Très rapidement, Space Brothers nous montre que ce n’est pas possible : tout le monde ne peut pas réaliser ses rêves. Vouloir aller dans l’espace c’est une chose, le pouvoir c’en est une autre, et c’est là que le manga gagne toute sa grandeur.

Space Brothers c’est la représentation de l’Homme dans toutes ses facettes, le passionné, le raisonné, le possessif, l’intellectuel, le repoussant. Tout y passe et est traité en profondeur.

Au fil de ses rencontres, Mutta va découvrir toute la richesse de l’espèce humaine, des jeunes enthousiastes aux vieux briscards proches de la retraite, chaque personnage apporte son grain de sel à un mélange qui se marie si bien, des différentes origines et cultures qui habitent chacun d’eux à une fascination identique.

Mais Space Brothers se démarque en s’encrant dans le réel. Tous ces personnages, tout ce monde qui se côtoie et s’entraide, tout paraît réel tant l’auteur a réussi à leur insuffler un zest d’humanisme.

Tous ont peut-être la même ambition et tous ont le même rêve, pourtant certains n’auront même pas l’occasion de tenter leur chance ou d’arriver à bon port. Les aléas de la vie viennent en prendre certains en plein parcours, et d’autres avant même qu’ils ne débutent.

Ce que nous montre Space Brothers c’est tout autant les rêves de ces personnes que leurs doutes, leurs souffrances, leur désarroi face au drame et à l’impuissance, leur joie face à la réussite et l’accomplissement, leur gratitude envers l’entraide et l’amour des autres.

Tous ces personnages paraissent si vrais qu’on croirait les avoir en face de nous. Il suffirait de changer le fond, de remplacer l’espace et le rêve de devenir astronaute par un autre domaine, que l’histoire ne changerait pas d’une miette tant ce qui nous est raconté nous touche, nous semble vrai.

Il est impossible de ne pas s’identifier dans un de ses personnages. Certains ont la vingtaine et rêvent de gloire, certains ont la trentaine, ont échoué dans la vie et souhaitent se reprendre, certains sont parents et ont peur des répercussions sur leur progéniture si malheur leur arrivait. D’autres ont la quarantaine, ont réussi mais se sont installés dans une routine instable qui ne leur convient pas, d’autres encore sont frappés de plein fouet par les aléas de la vie mais continuent à se battre, tandis qu’encore d’autres sont proches de la retraite et regardent avec nostalgie et une certaine mélancolie le parcours réalisé tout au long de leur vie.

Tous les âges, toutes les catégories sociales et humaines sont traités dans une seule œuvre, la rendant plus vraie que nature et permettant à chacun de s’y retrouver.

Chûya Koyama, un narrateur hors pair

À tout ce semblant de réalisme vient se greffer une donnée qui ne peut pas non plus nous laisser insensible … Je ne sais plus quand j’en ai parlé pour la première fois mais l’une des premières choses qui m’ont frappé dans Space Brothers c’est la narration.

Chûya Koyama est un narrateur hors pair qui arrive à faire ressortir des situations du quotidien comme grandioses. Il est passé maître dans l’art de commencer et finir un chapitre avec un sous-entendu qu’on peut avoir du mal à accepter de prime abord, mais qui au final s’avère tellement juste qu’on ne peut que lui donner une réponse favorable.

Ainsi chaque chapitre, chaque page devient une lecture satisfaisante tant dans le plan émotionnel que ludique. Chaque passage procure satisfaction, chaque phrase, chaque mot paraît si bien trouvé que l’idée qui en ressort ne peut qu’être acceptée, validée de notre part. Et chaque plan, chaque regard vient ajouter une touche plus sensible qui nous frappe en plein cœur et nous faire définitivement adhérer au propos avancé …

Mutta Namba, un protagoniste comme personne … ou comme tout le monde

Et monstrueusement drôle

Dans ce cadre réaliste vient se greffer un personnage principal ayant une coupe afro … Je ne pense pas me tromper en disant qu’il ne doit pas y avoir beaucoup de japonais avec une telle coupe de cheveux …

Mais passé l’aspect physique on découvre un protagoniste comme on n’a pas l’habitude d’en voir … Enfin si, mais pas là où vous pensez les trouver.

Mutta ce n’est pas le héros qui va renverser la situation à coups de super-pouvoirs et de convictions solidement encrées. Mutta c’est juste un humain comme vous et moi, avec ses doutes, ses peines, ses joies, ses amours, avec la peur d’échouer, de décevoir, de ne pas répondre aux attentes.

Mutta c’est juste un grand frère complexé par la réussite de son cadet, complexé par son propre échec, par son propre rejet d’un rêve qu’il pensait irréalisable.

Mutta c’est juste un être humain normal, qui de par sa normalité nous permet aisément de nous identifier à lui, qui nous donne envie de l’aider, le suivre à atteindre ce noble objectif.

Personne n’est parfait et si ce fait ressort de chaque personnage de Space Brothers, Mutta est probablement celui qui le montre le mieux …

Conclusion

Quand en novembre 2019 je me suis lancé dans l’aventure Space Brothers, je n’avais qu’une vague idée de ce que j’étais en train de débuter. Aujourd’hui, en septembre 2020, après avoir lu les 31 volumes parus en France je ne peux que reconnaître que cette fabuleuse histoire est une de celles qui m’a le plus touché, m’a le plus fait vibrer. J’ai ri et j’ai pleuré avec ces personnages, je me suis enthousiasmé avec eux lors d’une grande avancée, j’ai tremblé avec eux lors de l’arrivée d’un évènement tragique, j’ai douté avec eux lors de l’arrivée de décisions aussi soudaines qu’étranges.

Rarement j’ai vu un titre aussi fédérateur, aussi concret, aussi complet dans ses propos, son ambition, dans le voyage qu’il nous propose et la découverte qu’il nous fait vivre. C’est un monde qu’il ouvre et dans lequel il nous fait entrer, un monde grand, rempli d’êtres aussi petits dans l’ensemble du genre humain que grands par leur humanité et leur sincérité.

Je vous disais dans mon avis sur les deux premiers volumes avoir vite fait zieuter les premières pages du manga en magasin à la sortie des deux premiers tomes, mais que malheureusement je ne pouvais pas me les procurer. Quel drôle de retournement d’en constater aujourd’hui le résultat, car si l’année dernière je vous disais que The Quintessential Quintuplets était mon plus grand coup de cœur depuis Berserk (que j’ai découvert en 2017 pour rappel) Space Brothers aujourd’hui est mon plus grand coup de coeur depuis l’Attaque des Titans, un de mes tous premiers mangas que j’ai découvert en 2014, peu de temps après l’arrivée de notre bon vieux Mutta sur les terres françaises.

Space Brothers c’est pas simplement un coup de cœur, c’est pas simplement un chef d’œuvre, c’est une des plus grandes œuvres qu’il m’ait été donné de lire de toute ma vie. Une des plus ambitieuses dans ses propos, une des plus humaines dans son ambiance et ses personnages, une des plus riches culturellement parlant tant le mixage d’origines, de croyances, de modes de pensée se marie si bien avec une amitié réelle et fraternelle entre des personnes qui se rencontrent, se découvrent et apprennent à s’apprécier et à se respecter malgré les différences qui les opposent.

Space Brothers, c’est une histoire d’Hommes, avec l’espace comme décor.

On pourrait remplacer l’espace par n’importe quel autre domaine, l’histoire serait identique tant elle est vraie, tant elle nous touche, tant on peut s’y reconnaître et y croire.

Jamais je n’ai été déçu, jamais je ne suis resté sans rien penser de cette œuvre. Chaque tome, chaque chapitre m’a comblé, ému et m’a fait vibrer comme rares sont les mangas capables de le faire à des moments opportuns. Chaque personnage m’a touché, m’a donné envie de le suivre et le soutenir comme rares sont les mangas capables de le faire pour deux/trois d’entre eux. Pour cela je peux dire aujourd’hui sans aucune gêne que Space Brothers est dans mon Top 3 mangas …

Je terminerai donc en répétant encore une fois cette phrase : lisez Space Brothers.

Mes notes

Univers : 18/20

Personnages : 20/20

Intrigue : 19/20

Dessins : 18,5/20

Moyenne : 18,88/20

Je ne pensais pas avoir visé si juste dans ma conclusion sur les deux premiers volumes …

Merci à toutes et à tous d’avoir lu cette chronique. Deux en trois mois, quand il y en a eu qu’une en plus d’un an avant c’est pas mal (deux, j’oublie encore Ace of Diamond). Vous le savez, je ne cherche pas à avoir un rythme régulier sur les chroniques, ça dépend de l’actualité et des titres que je lis. Ainsi, je me suis dit courant août que je devais en faire une pour Space Brothers après m’être mis à jour. C’est chose faite.

J’ai eu beaucoup plus de mal que je l’imaginais à trouver des images du manga en ligne, il n’y en a quasiment que pour l’anime (c’est pour ça qu’il y en a autant ici). Mon erreur a peut-être été de chercher en français et en anglais, car en japonais il semble y en avoir beaucoup. Après tout on parle d’un titre qui reste toujours très populaire au pays du Soleil Levant et dont le tirage total est aujourd’hui de 24 millions d’exemplaires (chiffres mars 2020), ce n’est pas rien.

J’espère vous avoir convaincu de vous lancer dans ce superbe titre si ce n’était pas déjà fait. Dans ce cas je vous souhaite une très bonne lecture et à bientôt pour parler de mangas sur Parlons Manga ^^

Sources : Mangazenban, site officiel de l’auteur. Merci à Sissel pour son aide


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7 commentaires sur “Space Brothers, entre rêves et réalité

  1. Eh bien! Ca donne vraiment envie. Au delà du fait que tu y décris un manga s’étant installé dans ton top 3, ce qui n’est jamais rien, on sent toute la chaleur et l’émotion qui semble se dégager de ce titre via cette chronique.
    J’ai acheté les 6 premiers tomes et je compte bien m’y mettre rapidement, bien qu’ayant jusque là mis l’accent sur la fin de certaines séries (d’où le fait que j’ai pas encore commencé le titre). Tu m’as convaincu.

    Dans ta chronique, j’ai énormément aimé le fait que tu dises que chaque catégorie d’âge soit représentée et traitée avec justesse. Ca paraît fou mais cela reste finalement pas si courant dans les mangas. Notamment en ce qui concerne la thématique du rêve. Certains auteurs s’y sont essayés avec plus ou moins de réussite. Et ça, ça fait forcément plaisir. Je me demande juste si les différentes catégories sociales pourront aussi être représentées. Car on sait que le milieu (extrêmement élitiste) a quand même tendance à favoriser une certaine catégorie de la société…

    J’aime aussi beaucoup la présentation de cette dualité entre le frère qui semble remotivé à l’idée que son cadet soit sur le sur point de réaliser leur rêve.

    Bref, ça a l’air prenant, exaltant mais aussi touchant. Il ne m’en faut pas plus. D’autant que le décor réaliste dans lequel semble s’ancrer l’œuvre va inévitablement favoriser l’immersion.

    En tout cas, excellent courage et bonne continuation pour tes futures chroniques et projets. L’influence de tes articles paie. En tout cas, sur moi.

    Excellente journée 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. Merci. J’ai essayé d’expliquer le plus simplement possible sans trop en dire tout ce qui m’avait plu dans ce titre, soit à peu près tout, donc j’espère ne pas avoir été trop explicite à certains passages.
      Pour ce qui est des catégories sociales je ne l’entends pas par « riches/pauvres » mais c’est peut-être comme ça que la plupart le prendront. Il faut lire le manga pour comprendre.
      Excellente journée à toi aussi et surtout très bonne lecture à venir 😉

      Aimé par 1 personne

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