Dessiner un manga…

Bonjour à toutes et à tous. Vous mettez combien de temps pour lire un manga ? Un volume je parle ? 30/45 minutes tout au plus ? Même en m’attardant sur les détails je dois bien avouer que je passe rarement plus d’une heure dessus.

Mais avez-vous une idée du temps qu’il faut pour le dessiner ?

Car je crois qu’on ne se rend pas compte de la folie que c’est de dessiner un manga. En termes de ratio entre « temps passé par l’artiste/l’auteur/le créateur » et « temps passé par le lecteur/fan » la bandé dessinée en général doit être l’un des pires domaines qui existe pour le créateur.


Depuis combien de temps me suivez-vous ? À partir de quand avez-vous commencé à lire mes articles ? Si c’est depuis 2019/2020 ou avant vous avez sans doute vu passé des articles (plus disponibles aujourd’hui) où je vous faisais part de mes questions par rapport à mon avenir/à ce que je comptais faire plus tard suite au fiasco qu’ont été mes études supérieures.

Dans ce cas cette phrase doit vous dire quelque chose : « Quitte à travailler dans le manga, autant en faire« … C’était plus ou moins formulé comme ça…

Messieurs/dames, aujourd’hui je vous annonce que je l’ai fait : j’ai dessiné un manga. Pas la bouillie de l’autre fois alors que j’avais à peine touché un crayon pour la première fois un mois avant. Un vrai manga, avec des personnages, une intrigue, etc… C’est mauvais, je l’avoue, mais c’est fait.

Mais ce n’est pas de ça que je veux vous parler. Je veux plutôt insister sur le fait de « dessiner un manga ».

Dessiner un manga

Je ne sais pas dessiner…

C’est la phrase que j’avais l’habitude de me dire, avant. Un peu la phrase qui me convainc que créer un manga est inaccessible pour moi. Et quand je décide d’enfin me lancer je comprends pourquoi.

Je m’aperçois au fil du temps que dessiner en général n’est pas quelque chose d’inné. C’est pas parce qu’on est adulte qu’on dessinera mieux qu’un enfant par exemple.

Mais est-ce finalement si important que ça de savoir dessiner ? Dans mes avis/chroniques, je me focalisais toujours sur l’histoire, les personnages, l’univers, au détriment de l’aspect graphique qui est pourtant le premier élément qu’on aperçoit. Car j’ai lu tellement de mangas en près de 10 ans, avec tellement de styles différents, qu’il m’est aperçu que c’était loin d’être le point le plus important. Il y a plein de mangas que j’ai dû laisser de côté, que j’ai arrêté et « les dessins » n’était jamais la raison n°1…

Pourtant en commençant mes premières planches je n’avais que ça en tête : les dessins, progresser, s’améliorer au niveau graphique, technique, trouver mon style, etc…

J’entends bien que ça a tout de même un minimum d’importance, même si les mangas les plus populaires ne sont pas forcément les plus beaux (surtout que ce point est subjectif).

Peut-on dire que la planche d’Hunter x Hunter à gauche est plus moche que celle de Sun-Ken Rock à droite ? Beaucoup diront oui mais c’est surtout la planche la plus lisible, et donc la plus compréhensible, des deux.

Du coup ma manière d’appréhender ma première œuvre était déjà, de base, complètement fausse.

Construire un manga

Si l’idée de base de ce titre était bien de progresser, elle a basculé au fil des planches de « progresser sur l’aspect graphique » à « progresser sur l’aspect technique ». Et c’est là que vient la question : comment construire un manga ?

Depuis longtemps dans ma vie de lecteur/fan de manga, je vois le manga comme un film posé sur papier. Comme une sorte de BD dynamique où les images, pourtant fixes, bougent dans mon esprit, permettant de donner vie à l’histoire qui m’est contée.

Et ça paraît tellement naturel quand on lit. C’est loin d’être si évident que ça pourtant…

C’est du coup quelque chose que je veux davantage travailler à l’avenir, et que j’ai déjà commencé à faire : travailler la construction de l’œuvre dans son ensemble. De l’idée de base au moindre détail que renferme chaque case. Tout doit être pensé pour avoir sa place, pour avoir un sens dans ce que l’on veut raconter, dans ce que l’on veut montrer.

En fonction de divers éléments (cadrage, mise en page, etc) les scènes a et b n’auront pas le même impact

L’aspect graphique passe presque au second plan quand je vois à quel point la mise en scène, le cadrage et le découpage sont importants. Pour autant il faut aussi savoir représenter ce que l’on veut montrer, et j’ai plusieurs fois dépassé mes limites sur ce domaine.

Combien de fois ai-je vu une scène ne pas avoir l’impact que j’avais espéré ? C’est pas uniquement parce que c’est « mal dessiné » même si certaines fautes sautent rapidement à l’esprit, mais aussi parce que c’est mal représenté : et là la qualité du dessin ne pourra rien changer…


Ce revirement de manière de penser doit quand même se sentir au fil des quelques 200 planches que j’ai produites jusqu’à ce jour. Les premières sont absolument imbuvables : ça ne ressemble à rien, ça en montre trop et pas assez en même temps et ça en devient incompréhensible. Puis j’ai essayé de me concentrer sur la clarté, pour qu’on comprenne bien ce qui est montré avant de me focaliser davantage sur la mise en scène, le découpage et le dynamisme des planches. C’est sur ce dernier point que je vais essayer de me concentrer dans les mois qui viennent…

Le jour où je suis tombé de haut…

Mon premier manga a été dessiné, quasi intégralement, à l’imaginaire, c’est-à-dire sans sources extérieures. Je voulais simplement voir ce que ça donne et je sais que je ne le referais plus. Voyant vite-fait les discussions que d’autres mangakas français peuvent avoir sur Twitter, j’ai rapidement compris que c’est quelque chose que personne ne fait, en France comme au Japon.

Pour représenter le réel (une ville, la campagne, etc…) prendre des clichés de ces lieux réels paraît logique. Mais mêmes les univers fictifs sont inspirés du réel. Créer un univers à partir de zéro demande de poser quelques bases pour éviter de partir dans tous les sens, et c’est là que le réel peut aider.

Pour autant ce n’est pas cela qui m’a fait changer d’avis sur la « qualité » graphique de certains titres.

Il vous est sans doute arrivé à de multiples reprises sur des mangas de ces 5/10 dernières années, de les trouver magnifiques. Eh bien cela n’est pas uniquement dû au fait que l’auteur a un trait somptueux mais aussi au fait que les outils mis à disposition dans les logiciels de création de manga fourmillent de détails.

Ici je peux vous dire quasiment avec certitude que les nuages et l’herbe, et peut-être même l’escalier, sont produits avec ces outils.

Il y en a également de nombreux pour les scènes se déroulant dans une école…

Pour autant ça n’enlève pas du crédit aux auteurs, ce n’est pas mon but. Au contraire ça montre d’autant plus que le métier de mangaka aujourd’hui ne consiste pas juste à dessiner mais à construire.

La planche de The Quintessential Quintuplets peut paraître simple au premier abord mais c’est loin d’être le cas : poser l’ombre provoqué par les nuages demande une précision folle pour faire ressortir autant de détails, nettement visibles sur l’escalier et les 5 sœurs.

La planche de Jujutsu Kaisen est beaucoup plus technique. Le cadrage et la pose de Yuji rendent la première case dynamique et les lignes de vitesse accompagnent son entrée en scène sur la case suivante, lignes qui s’arrêtent là où il se situe, au centre de la case pour que ce soit lui que l’on voit en premier, tandis que les débris de verre et l’onomatopée permettent d’entendre la vitre se briser. L’ombre provoquée par le mur de droite s’arrête au même niveau, coupant la scène en deux avec un côté plus sombre et un autre plus clair.

Oui les outils numériques aident à rendre ces planches magnifiques mais les auteurs y sont pour beaucoup, chacun posant sa patte permettant d’avoir un style bien défini.

Conclusion

Depuis que j’ai commencé à produire du manga, ma vision de ceux-ci a radicalement changé. Désormais quand je lis je regarde tous les aspects de la planche. La mise en scène, son cadrage, le rythme qui en ressort mais aussi l’outil/la plume qui a été utilisée, la technique qui permet d’obtenir tel rendu…

Ce qui fait que j’émerveille toujours plus devant ces œuvres que j’admirais déjà avant. Mais je vois surtout à quel point je suis loin d’avoir tout compris de cet univers.

J’ai commencé à dessiner tard, trop tard peut-être, mais ma décision est prise : j’ai décidé de dédier ma vie au manga, pour essayer d’en comprendre tous les rouages. Pour m’améliorer en tant qu’auteur, mais aussi en tant que lecteur, car j’ai de plus en plus l’impression qu’il y a une partie des fondements d’une œuvre que seuls les mangakas, et les lecteurs les plus aguerris, peuvent comprendre.

Le scénario que j’ai en tête depuis 3/4 ans est toujours là, il attend patiemment son heure. Avant cela j’ai de nouvelles planches à produire…


Merci d’avoir lu ces quelques lignes sorties de nulle part. Je dis ça car aucune annonce n’a été faite en amont pour cet article. Ni pour l’arrêt complet début avril des publications qui semblaient pourtant avoir repris un rythme normal.

Malheureusement je pense que ce rythme ne reviendra pas et je viens de vous en donner l’explication, une grande partie du moins.

Est-ce la fin de Parlons Manga ? … Il se peut que je revienne, de temps en temps, pointer le bout de mon nez. Mais si vous voulez suivre mes nouvelles aventures entamées depuis un peu plus d’un an désormais je vous renvois vers mon nouveau compte Twitter, car ici je ne vous dirai rien. Floriano est blogueur mais pas mangaka…

PS : Ça pourrait être intéressant d’enfin respecter le titre de ce blog : de réellement parler de mangas (sur son aspect technique) à l’avenir… Le problème c’est que pour l’instant je ne pense pas avoir la crédibilité pour le faire…

2 commentaires sur “Dessiner un manga…

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